L’agaceur de pitbull

Comme bien des étudiants, la recherche d’emploi est un thème qui me préoccupe beaucoup ces jours-ci. J’ai donc pensé ressortir des boules à mites un de mes vieux textes. Inspiré d’une histoire vraie, ça parle d’un gars qui a vécu un été professionnel… douteux. Enjoy !

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Quelle euphorie je ressentis lorsque j’appris qu’on m’avait engagé comme preneur de son à l’émission de débats sportifs 110%.

J’anticipais un bel été aux côtés de Jean Pagé, à ramasser des postillons sur la moumoutte d’la perche de son… Mais malheureusement, les monsieurs ont parlé tellement fort dedans mon casque que depuis ma première soirée de travail, je suis atteint de surdité totale… une maladie incurable.

L’avantage, c’est qu’avant de mourir, la Fondation Rêves d’Enfants me donnera la chance de réaliser mon rêve; me faire slapper dans les schnolles par Sheldon Souray. Si ça ne me tue pas sur le coup, je me dis qu’au moins ça va peut-être me débloquer les oreilles.

Étant donné qu’un sourd preneur de son, c’est aussi efficace qu’un calembour d’Sonia Vachon, j’ai fini par perdre ma job à TQS.

Finalement, j’ai réussi à me trouver un autre emploi. Ça s’appelle « Provocateur de pitbull de combat ».

En gros, c’est un joueur de football qui m’engage pour développer le caractère de son chien en vue d’un combat contre un crocodile. L’objectif c’est vraiment d’écœurer son pitbull le plus possible parce que je suis payé au jappement. Bref, c’est l’emploi idéal pour un sourd.

La première fois que j’ai rencontré son pitbull, c’était comme un rêve : on s’est tout de suite haït la face. Juste le fait de m’avoir dans son champ de vision, je pense qu’à lui seul, il bavait plus qu’une classe d’enfants attardés.

Contrairement à ce que les gens pensent, « Provocateur de pitbull de combat », c’est une job assez standard… Tous les matins, j’arrive au travail déguisé en t-bone saignant. Je passe devant son enclos pis je fais des jumping jacks en lui disant des choses blessantes comme : « Ta mère c’t'une chienne ».

Heureusement, mon boss c’est pas un gars cheap. Il veut vraiment que son pitbull sacre une volée au crocodile, faque il hésite pas à investir pour m’aider à mieux écœurer son chien. L’autre jour par exemple, il m’a installé un crochet à poulie téléguidée dans l’enclos… tsé un peu comme dans une machine à toutous, là?

Pendant que le pitbull est occupé à me japper après, moi j’y pince le mognon-de-queue-qu’il-lui-reste avec mon crochet. Une fois, je l’ai tellement ben pogné que j’ai réussi à l’amener jusqu’au plafond sans l’échapper.

Son maître a trouvé ça tellement drôle qu’il veut que je m’occupe de son arbre de Noël c’t'année. L’objectif, c’est de mettre son pitbull à la place de l’étoile. C’est sûr qu’à son party de Noël, les invités vont sûrement se demander c’est quoi la bave autour de la crèche. Mais bon, il dira que c’est Marie qui est en train de perdre ses eaux.

Bref, tout ça pour dire que la préparation du combat contre le crocodile allait bon train… Deux jours avant l’événement, je me suis dit qu’il était temps pour le pitbull de reposer ses cordes vocales, tsé… un peu comme Céline Dion avant un concert. Donc pour être sûr qu’il ne jappe pas pour rien, j’essayais de trouver des façons de le garder occupé. Faque je lui ai donné une grosse dinde Butterball congelée. On l’a pu entendu de la journée.

La mauvaise nouvelle, c’est que rendu la veille du combat, le pitbull avait perdu toutes ses dents. Moi aussi d’ailleurs, quand son maître s’en est aperçu.


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